Jean-Pierre Bernard, ancien président du GEM, et son étude sur la pétanque

Jean-Pierre Bernard, ancien président du GEM Horizons, a eu le plaisir de nous communiquer son ouvrage récemment imprimé par l’Atelier Graphique Saint-Jean à Albi. Il aura mis dans cet opuscule autant de cœur et de réflexion que durant ses deux années à la tête du groupe d’entraide mutuelle d’Albi.

Le livre est richement illustré de photos personnelles, de gravures ou de caricatures. Intitulé Les Fans nient ?, il est l’occasion pour Jean-Pierre de rappeler l’histoire de la pétanque, et de souligner à quel point cette pratique sportive conserve une singularité en opposition au sport spectacle, obsédé par le record ou le chronométrage, et dont les affinités électives avec l’esprit du capitalisme et de la mondialisation ne sont plus à démontrer. On retrouve les références chères à Jean-Pierre comme Marx et Lacan.

Toutefois, on peut regretter leur emploi parfois redondant et superfétatoire, notamment lorsqu’il est question de religion sportive comme opium du peuple. Faire diversion sur des activités de loisir pour maintenir la paix sociale, tel est le jeu du pouvoir depuis que l’action politique existe. A cet endroit, rappelons-nous l’antique et fameuse citation devenue adage : « Que demande le peuple ? Du pain et des jeux ». Que le corps soit devenu un enjeu matériel et rationnel, voire consumériste, et non plus métaphysique comme du temps des Anciens, que les sociétés post-révolutionnaires aient imprégné l’esprit sportif par l’idéologie de la science et du progrès ou des contingences quantitatives et compétitives à l’image de l’appareil productif, c’est le passage d’une praxis de l’âme à une praxis de l’avoir qui le justifie. Sur ce point, d’aucuns penseraient davantage à des auteurs comme Jan Patocka dans ses Essais hérétiques sur la philosophie l’Histoire ou comme René Guénon dans son Règne de la Quantité. Citer Marx sur ce point semble hors de propos.

Fort heureusement, la poésie vient adoucir les esprits et Jean-Pierre termine en ce sens, avec quelques beaux vers sur la pétanque, notamment une Ode à la Fanny. Être Fanny, rappelons-le, c’est perdre une partie de pétanque sans avoir obtenu de point, si bien que le vaincu devait embrasser le postérieur d’une Fanny, comme en témoigne, non sans humour, l’illustration en première de couverture.

L’exercice de style et de pensée de Jean-Pierre témoigne également de la diversité qui règne dans les GEM. Enseignant dans des établissements médico-sociaux avant de se retrouver en fragilité et de fréquenter le groupe d’Albi, son parcours brillant fait écho à cette notion de maladies de l’intelligence et atteste de la diversité des personnalités que l’on peut trouver au sein d’Horizons. Il rappelle enfin les difficultés éprouvées par le médico-social quand la notion de handicap psychique – notion que Jean-Pierre abhorre – a vu le jour en 2005, face à des personnes dont le handicap est souvent invisible.